L’analyse transactionnelle côté éducation et parentalité : sois parfait, sois fort, fais plaisir, fais des efforts, ou dépêche-toi…

L’un des aspects les plus accessibles et les plus concrets pour aborder l’analyse transactionnelle dans son travail sur sa relation parent-enfant, ou sur la communication de manière générale, est ce que l’on appelle les 5 « drivers » car ils sont nos guides comportementaux – souvent inconscients jusqu’à ce que l’on commence à toucher à notre développement personnel. L’objectif ici n’est pas de proposer un cours de psycho mais simplement une première approche de ce vaste sujet.

Vous trouverez aisément sur Internet des tests afin d’évaluer les vôtres, mais même sans cela, je suis sûre que vous sauriez déjà identifier ces phrases que vous avez plus ou moins entendues durant vos jeunes années et qui ont contribué à vous construire en tant que personne. Nous avons tous ces drivers en nous mais avec une prépondérance variable. La plupart du temps, 2 sont majoritaires. Et nous avons tous une tendance à les transmettre également à nos interlocuteurs et en particulier à nos enfants – ce n’est ni bien ni mal, le tout est simplement d’en avoir conscience et de le faire en phase avec les messages et surtout avec l’intention que l’on souhaite faire passer. Et si jamais vous vous rendiez compte que votre communication comportait des biais inconscients qui ne correspondaient pas à votre intention, alors vous trouverez ci-dessous quelques pistes pour y remédier. Car autant les personnes qui nous ont élevés nous ont conditionnés par ces drivers, autant ceux que vous utiliserez pour vous adresser à vos enfants les conditionneront à leur tour, un peu comme des messages subliminaux mais qui peuvent être autant explicites qu’implicites.

Sois parfait

Ah, l’attente de la perfection… Même quand l’intention est bonne, cette injonction est si forte car particulièrement pernicieuse. Je l’entends encore d’ici « tu as fait du très bon travail, mais… », « je n’attends pas de toi que tu (tout synonyme de sois parfait), mais… », « tu es très intelligent, mais… » Et l’enfant n’entend rien de ce qu’il y avait avant le « mais ». Et cela a pour conséquence un être humain qui a beaucoup de mal à entendre, à accepter et à intégrer les compliments, même lorsqu’ils sont sincères. Il ne se croira tout simplement pas à la hauteur car il n’est pas à la hauteur de ses propres attentes. Il sera en effet encore plus exigent envers lui-même qu’envers les autres. Il pourra ainsi avoir tendance à manquer de confiance en lui. Et le côté pervers de ce driver est qu’il crée des adultes éternellement insatisfaits, tout en étant potentiellement des « maniaques du contrôle ». Cela peut être positif car ils vont être à même de s’essayer avec réussite à beaucoup de domaines, mais ils vont devoir apprendre à « lâcher du lest » et à faire des concessions, être moins perfectionnistes, et à apprécier ce qu’ils ont plutôt que ce qu’ils aimeraient avoir. Ils auront aussi tendance à juger tout en ayant horreur d’être jugés en retour (entendez par là « jaugés »). A contrario, ils rencontrent beaucoup de succès dans leurs entreprises car ont le sens du détail et de l’engagement, et sont relativement… têtus.

Comment équilibrer « Sois parfait » ?

Comme dit précédemment, le « Sois parfait » a du mal à entendre les compliments et à se satisfaire, il faudra donc qu’il soit assez ouvert pour bien vouloir entendre que l’erreur n’est pas contre-productive et qu’au contraire, elle est nécessaire à l’apprentissage. Ce sont souvent des « premiers de la classe » (ou presque) qui auront eu un parcours scolaire exemplaire, mais qui du coup auront beaucoup de difficultés à gérer le premier échec qui leur tombera dessus puisqu’ils n’auront jamais eu l’occasion de s’y exercer. J’aurais tendance à penser qu’il leur faudra trouver les ressources en eux pour apprendre à gérer l’échec, et les erreurs de manière générale. Par rapport à son manque de confiance en lui, le rassurer en lui répétant régulièrement que vous l’aimez comme il est.

De la même manière, il s’agirait de réussir à faire comprendre à l’enfant qui a déjà intégré cette injonction, que l’erreur est une véritable source d’apprentissage. Ces enfants se mettent souvent beaucoup de pression déjà par eux-mêmes, et ne s’autorisent pas l’erreur. Lui répéter peut-être le fameux adage « l’erreur est humaine ». Il peut être utile de leur démontrer que de nombreuses inventions l’ont été suite à des erreurs : sans problème, point de découverte. On peut leur inculquer pour cela les bases d’une démarche scientifique, c’est-à-dire de procéder par tâtonnements, par expérimentations ou le fameux « OPHERIC » (Observation – Problématique – Hypothèse – Expérience – Résultat – Interprétation – Conclusion). Et une fois cette méthode acceptée, lui montrer (selon son âge) qu’il peut l’appliquer partout et que donc procéder par erreur/correction est non seulement sain mais aussi nécessaire et enrichissant.

Sois fort

Le « Sois fort » touche davantage les garçons que les filles, ainsi que les aînés par rapport aux enfants suivants. Il a souvent entendu « Cesse de pleurer », « Arrête de te plaindre », « Les grands garçons/Les grandes filles ne pleurent pas », « Moi à ta place/Moi à ton âge », « Sois courageux », « Relève-toi », « Mais non tu n’as pas mal ! », « Un bisou magique et ça repart »…

Ces injonctions ont comme conséquence un enfant qui réprimera puis contrôlera ses propres émotions (qu’il considérera comme des faiblesses) et qui plus tard pourra avoir du mal à les appréhender, les comprendre, et les gérer. Etant lui-même comme cela, il acceptera également difficilement la faiblesse et les émotions liées à la « sensiblerie » chez les autres. Cela forgera par ailleurs son esprit de compétition et son caractère de leader qui le conduiront naturellement vers des rôles ambitieux et souvent individuels, car étant peu ouvert à faire confiance, il ne saura que difficilement déléguer (sans repasser après sur le travail des autres). Il excellera ainsi dans les sports individuels avec des objectifs de performance mais avec peu d’empathie pour les autres.

Comment équilibrer « Sois fort » ?

En allant à contresens de ses penchants naturels. Lui proposer des sports d’équipe où la communication et l’entraide seront clés – et profiter que l’enfant soit jeune pour le faire car il absorbera d’autant mieux cela qu’il appréciera encore naturellement l’esprit de groupe. Lui faire comprendre que de ressentir des émotions est normal, et le faire parler – ce sont souvent des adultes qui se livrent difficilement, mais s’ils n’ont pas été écoutés plus jeunes, cela n’est pas surprenant. L’inviter à demander de l’aide, ce qui est particulièrement difficile pour un adulte « Sois fort » qui aura tendance à penser que cela est synonyme de se rabaisser et d’être vulnérable. Lui expliquer que même nous à notre âge, nous ne savons pas tout et nous apprenons tous les jours. Mettre en valeur l’intelligence émotionnelle qui peut être vitale, qu’il a le droit de prendre en compte sa sensibilité et que c’est justement un moyen d’être plus performant (pour aller dans son sens) que de savoir comprendre et prendre en compte ses sentiments dans ses processus décisionnels. En bref, communiquer 🙂

Fais plaisir

Le « Fais plaisir » aura parfois été la victime de jeux de chantage affectif. On l’invite à « rendre service » : « pense aux autres », « ne sois pas égoïste », « il y a d’autres enfants qui meurent de faim » (et donc si je finis mon assiette ce ne sera plus le cas ?), et cela peut même aller jusqu’à la culpabilisation : « tu ne vois pas que tu me fais de la peine ? »

L’enfant « Fais plaisir » va rapidement développer des réflexes d’altruisme c’est-à-dire qu’il aura tendance à faire passer les besoins des autres bien avant les siens. Il fera preuve d’une empathie exceptionnelle car sera véritablement tourné vers les autres, ce qui est très positif, mais au détriment de ses propres sentiments. Il recherchera en permanence à être apprécié et a sans cesse peur de décevoir les autres. Il aura tendance à négliger ses envies, voire même à ne pas savoir identifier ce qui lui fait envie ou ce dont il a besoin. Il peut ne pas avoir de passion ou bien vivre au-travers des besoins ou de la personnalité de quelqu’un d’autre, que ce soit un partenaire ou même ses propres enfants. Ce sont typiquement les adultes qui ne savent pas dire « non », et ils recherchent l’approbation et la reconnaissance de leurs pairs et de leurs supérieurs. Ce sont de très bons amis, particulièrement loyaux, chez qui la capacité d’écoute est une seconde nature.

Comment équilibrer « Fais plaisir » ?

Travailler sur sa conscience de lui-même pour le mettre en valeur et surtout, lui faire prendre conscience de sa valeur et de sa personne. Les sports individuels, les matières artistiques et d’expression de manière générale feront des merveilles. Le centrer sur lui-même, le faire exprimer ses émotions, ou ses besoins si l’étape « émotions » est déjà trop avancée. Si possible, prendre et passer du temps avec lui seul s’il a des frères et soeurs. Il sera particulièrement important, pour lui plus tard, de lui apprendre à s’affirmer et notamment à dire « non ». Le mettre face à des choix à faire, à des décisions à prendre, et surtout à des responsabilités (à son échelle et sans qu’il y ait une notion de faire plaisir à l’autre derrière).

Fais des efforts

Plus une tâche sera complexe, plus il appréciera. Ce sont des pros des casse-tête. Une réussite trop facile perdra de la valeur à ses yeux. Il a souvent pu entendre qu' »à vaincre sans effort on triomphe sans gloire » et ses nombreux dérivés : « persévère », « il faut souffrir pour être beau » et bien sûr tout ce qui tourne autour du champ lexical de l’effort. C’est d’ailleurs dans le process qu’il aura du plaisir plutôt que dans l’achèvement d’une tâche qui, même s’il lui procurera satisfaction, lui paraîtra secondaire voire même arrivera trop tôt et pourrait lui gâcher son plaisir.

Les enfants « Fais des efforts » sont caractérisés par leur patience et leur persévérance. Adultes pourtant, appréciant la complexité et donc la complexification des choses simples, ils pourront avoir tendance à couper les cheveux en 4, et à ne pas se satisfaire de résultats, recherchant la valorisation par la difficulté d’atteinte des objectifs. Ils peuvent être très fatigants… pour les autres d’abord, puis finiront par s’éreinter eux-mêmes également car nous avons tous nos limites. A trop complexifier les choses, ils peuvent avoir du mal à aller au bout de leurs projets, et ils en souffriront car ce sont des personnes très persévérantes. Ils pourront avoir tendance à minimiser leurs résultats, mais aussi ceux des autres. Ils sont également dans le jugement et auront des difficultés à supporter ce qu’ils prendront pour de la « paresse » chez les autres. Ils ont une grande capacité de travail mais pourront avoir du mal à « profiter » du temps présent et des petits plaisirs de la vie.

Comment équilibrer « Fais des efforts » ?

Enfant, il s’agit de lui apprendre à prendre du plaisir et à savourer ce qu’il fait et surtout ses résultats, même et surtout si ce sont des petites choses simples et amusantes. Ne pas rechercher la difficulté, ne pas le pousser à faire « mieux que » ou « plus que » untel. Prendre le temps d’apprécier et de se valoriser. Le conforter et le rassurer dans chaque petite réussite. Lui faire jouer un rôle de modèle (pour un jeune frère ou soeur, un petit cousin, des petits copains…) pourrait lui faire le plus grand bien.

Dépêche-toi

Surtout ne pas se jeter la pierre parce qu’on leur cri(ait) tous les matins « dépêche-toi, on va être en retard pour l’école » tout en trépignant car l’enfant n’a pas l’air de savoir ce que signifie se dépêcher 😀 Non, il faut que les injonctions soient vraiment répétitives pour cela ait des conséquences sur le rapport au temps de l’enfant : « arrête de traîner », « tu es/nous mets tout le temps en retard », « arrête de perdre ton temps », « tout le monde t’attend »… La culpabilisation peut facilement accompagner ces paroles.

Leur rapport au temps étant particulier, ces enfants deviennent des adultes très réactifs mais ils peuvent confondre « vite » et « bien », et mettre en avant la quantité par rapport à la qualité. Ils seront particulièrement efficaces dans l’urgence et aiment les deadlines, les cadres temporels. Ils ont une propension à être stressés, à vouloir toujours se dépêcher, à être de mauvaise humeur et auront la critique facile. Ils doivent apprendre à gérer leur temps et à s’organiser, car ils peuvent ne pas être réalistes et croire qu’ils peuvent en faire plus qu’ils ne le peuvent réellement, comme ceux qui ont les yeux plus gros que le ventre. Ils peuvent se mettre beaucoup de pression également, mais plus par rapport au temps imparti que par rapport aux difficultés que représentent les tâches.

Comment équilibrer « Dépêche-toi » ?

En lui apprenant à. prendre. son. temps. Mais il faut surtout ne pas se contredire en permanence, le plus important étant d’être consistant dans son discours ! Organiser ses routines sans faire peser sur lui la pression du temps (ne la prendre que pour nous si nécessaire, et surtout lâcher du lest si à 18h45 il n’est toujours pas sous la douche alors qu’elle est prévue à 18h30 – est-ce si grave ?). Jouer à des jeux d’imagination où le temps n’a pas sa place peut être utile (Playmobil…) et lui montrer qu’il peut y trouver du plaisir, et mettre un peu de côté les jeux où le temps est un enjeu lié à un résultat ou à de la compétition (puzzles et autres constructions…).

Voilà, j’espère que vous aurez trouvé cet article intéressant et que vous y aurez trouvé quelques astuces que vous pourriez avoir envie d’appliquer dans votre quotidien. Encore une fois, le but n’est pas du tout de (se) culpabiliser : un bon parent est un parent qui fait de son mieux n’est-ce pas ? Et on peut toujours s’améliorer. La première étape est la prise de conscience et si seule celle-ci est atteinte, alors ce sera déjà merveilleux 🙂 Personnellement je n’ai fait que le début du cheminement et je me rends compte que je reproduis un modèle d’éducation que je réprouve pourtant… Mais maintenant que j’en ai conscience, nous allons tout faire pour inverser la machine. Merci de votre lecture et n’hésitez surtout pas à partager vos commentaires et vos expériences ci-dessous !

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