L’éducation positive, la parentalité bienveillante : oui, mais…

L’éducation ou la parentalité positive, ce sont des termes très à la mode actuellement, mais que se cache-t-il derrière ces mots ? Quelles différences entre la théorie et la pratique ? Sommes-nous de mauvais parents si nous ne parvenons pas à appliquer une éducation dite positive ? Cela signifie-t-il que l’on ne doit jamais s’énerver ? Je vais probablement me mettre quelques personnes à dos, mais je trouve tout ce mouvement moralisateur et très culpabilisant : pour moi, être un bon parent, c’est d’abord un parent qui « fait de son mieux ». Si, si, pensez-y et intégrez-le (vraiment), vous verrez que vous vous sentirez déjà mieux ! En tout cas chez nous, on s’énerve, on crie, on gronde, mais on communique aussi, on rit aussi, on partage aussi, on s’aime aussi – et les premiers n’empêchent pas les derniers 🙂

La parentalité positive est une manière d’éduquer où les enfants sont traités avec respect, sans les projections biaisées qu’un parent peut avoir pour son enfant. Le principe est de créer une connexion avec son enfant avant de corriger ses erreurs ou son comportement. Cela signifie cultiver une relation de communication et de respect mutuel avec pour objectif de ne pas punir l’enfant mais de lui enseigner, l’habiliter, le responsabiliser. Cela passe en particulier par le fait de ne pas simplement lui apprendre ce qu’il faut faire, mais de lui fournir les outils et les raisonnements pour comprendre pourquoi il doit le faire.

Selon les partisans de l’éducation positive, les techniques appliquées peuvent aider à améliorer la relation parent-enfant, le comportement de l’enfant ainsi que son état mental et émotionnel, à la fois présent et futur. Ces techniques reposent essentiellement sur le fait de se fixer un référentiel réaliste en ayant des attentes raisonnables pour notre enfant et de lui donner les moyens d’être capable, apte, de manière autonome et auto-suffisante. Ceci dit, le fait d’affirmer que la parentalité bienveillante conditionne la future santé mentale de nos enfants tend à culpabiliser énormément les parents (normaux et humains !) que nous sommes en sous-entendant que dès lors que nous élevons la voix, nous compromettons son équilibre émotionnel et risquons d’en faire un futur maniaco-dépressif, voire un psychopathe…

Que chacun se rassure, comme beaucoup de choses lorsqu’il s’agit d’éducation, le tout repose sur l’équilibre (pas si subtil !) que nous trouvons, et il ne faut pas hésiter à expliquer à froid, dans un moment plus calme (le soir au coucher par exemple), que nous nous excusons, pour ces mots qui sont peut-être sortis trop vite, que nous ne les pensions pas et que nous les regrettons – que même en tant qu’adulte nous commettons des erreurs tout comme eux, qu’il nous arrive de nous énerver tout comme eux, et que eux-mêmes en grandissant continueront à en faire de même.

Cela légitime également ces émotions fortes qu’ils sont aussi en droit de ressentir (et c’est sain !). Ils comprennent que cela est normal de ressentir de la colère, de la frustration, de la tristesse… Et ne pas refouler ces émotions dites négatives contribuera à leur apprendre à mieux les gérer plutôt qu’à chercher à les dissimuler.

L’enfant apprécie que nous lui demandions pardon, tout comme nous leur demandons parfois de demander pardon également – alors pourquoi pas nous ? Et pourquoi ne pas utiliser un outil simple comme mettre des couleurs sur les émotions pour en parler plus facilement, comme nous l’invitent à le faire de nombreux livres ? Je pense notamment à La couleur des émotions de Anna Llenas (magnifique avec ses pop up extraordinaires).

Et cette explication est utile non seulement pour l’enfant, mais aussi pour nous parent – apprenons-nous à être plus tolérant envers nos imperfections, et pardonnons-nous nos erreurs souvent dues à l’impatience, à la fatigue, à une montée dans les tours trop rapide… ou à tout cela à la fois !

Voici quelques techniques simples (en théorie) qui composent une partie du spectre de l’éducation bienveillante :

  • Faire preuve de souplesse sur certains points et donner la liberté de choisir : si vous faites souvent face à des luttes de pouvoir avec vos enfants, cela peut être parce que vous leur imposez vos choix. Essayez de leur donner la liberté de faire leurs propres choix (limités bien entendu) au lieu de leur demander d’exécuter une obligation. En effet, les enfants apprécient d’être responsabilisés et autonomes. Ils se sentent indépendants, et vous gardez tout de même le contrôle en tout cas sur ce qui est important. Souvent, leur proposer une alternative suffit pour sortir d’une impasse. Au lieu de leur demander et de leur répéter de s’habiller par exemple, vous pourriez leur proposer de choisir entre 2 tenues que vous aurez préalablement sélectionnées ? Vous pouvez également transformer une corvée en jeu, comme ranger sa chambre le plus vite possible, chacun une moitié, et le plus rapide gagne. Qui sait, vous pourriez vous épargner quelques pleurs, cris, énervement, frustration, et vous pourriez même passer un moment parent-enfant de qualité tout en lui apprenant que ranger peut être amusant, pour ensuite apprécier ensemble ce nouvel espace en ordre, pour lui !
  • Ne pas punir, mais lui apprendre à se discipliner : il existe une maigre frontière entre punir un enfant et le discipliner (au sens propre du terme). Punir signifie pénaliser tandis que discipliner suppose de fournir les instructions pour qu’il adopte volontairement et consciemment un comportement approprié. Il n’y a pas de recette miracle, simplement en tant que parent, il nous revient de garder cela en ligne de mire.
  • Ne pas récompenser : cela peut surprendre mais de même qu’une bêtise ne doit pas entraîner une punition, une bonne action ne nécessite pas de récompense. Récompenser un enfant pour s’être bien comporté fait plus de mal que de bien, car une récompense n’est qu’un gain à court-terme. Cette « technique » repose sur le principe du gain à long-terme de l’habilitation et de la responsabilisation de l’enfant. Par ailleurs, si un enfant comprend qu’à chaque fois qu’il pleure, il obtient un bonbon, les pleurs peuvent devenir un moyen récurrent pour obtenir ledit bonbon. Souvenez-vous en, les enfants n’ont pas besoin de récompense pour adopter un comportement approprié.
  • Apprendre à l’enfant à exprimer ses émotions : savoir exprimer ce qu’on ressent est crucial pour le bien-être émotionnel, que ce soit pour un enfant ou pour un adulte. Les enfants peuvent se conduire de manière insensée parce qu’ils ont des difficultés à mettre le doigt sur ce qu’ils ressentent, ce qui signifie que leurs sentiments sont les raisons qui se cachent derrière le comportement. S’ils sont capables d’identifier ce qu’ils ressentent, cela va les conduire à expliquer et à exprimer leurs sentiments plutôt que de crier, de piquer des colères, de se rouler par terre… sans que les parents n’aient besoin de déterminer les raisons de ces crises face auxquelles il peut aussi être difficile d’adopter une réaction adaptée. Un comportement sert une fonction et répond à un besoin qui n’est pas satisfait. Si vous parvenez à comprendre ce qui cause un comportement, alors vous pouvez déterminer comment essayer de l’arrêter. Il s’agit donc principalement de percevoir quel besoin n’était pas rempli : l’enfant avait peut-être besoin de calme. de repos, d’affection, d’un cadre plus clair ou mieux anticipé ? Encore une fois, en parler grâce aux couleurs peut aider à l’expression des sentiments et des émotions.
  • Légitimer le ressenti de l’enfant : cela est tout aussi important que l’étape précédente, car à quoi bon exprimer son émotion si elle n’est pas prise en compte par le parent ? Et en même temps, quel parent n’a jamais dit à son enfant : « mais non ce n’est rien, tu n’as plus mal, cesse de pleurer » ? Reconnaître le ressenti de l’enfant le conforte dans l’idée qu’il est important, respecté, pris en compte, compris. Après une chute il peut avoir du mal à s’exprimer, on peut donc l’y aider en reconnaissant sa douleur. Vous constaterez que cela l’aidera d’ailleurs sans doute à se calmer et à passer outre plus rapidement. Cerise sur le gâteau, cela évitera qu’il intègre « sois fort » comme driver en analyse transactionnelle (j’écrirai un autre article sur ces fameux drivers).
  • Anticiper les éventuelles difficultés : vous l’aurez sans doute déjà constaté, énoncer les règles ou bien ce qu’on attend d’un enfant à l’avance aide grandement à ce qu’un épisode qui a pu être compliqué auparavant puisse se dérouler à merveille lors de l’occurence suivante : aller faire les courses ensemble, être invités chez des amis, et même le simple fait de faire ses devoirs… Il n’y a aucune raison pour que cela se passe mal, mais pour parer à toute éventualité, n’hésitez pas à exprimer en amont vos attentes vis-à-vis de vos enfants, tout à fait calmement et en les responsabilisant. Et n’oubliez pas, la pédagogie est l’art de la répétition !
  • Exprimer les interdits de manière positive : le cerveau de l’enfant ne fonctionne pas toujours de la même façon que celui de l’adulte – vous l’avez remarqué n’est-ce pas ? Lorsque vous lui dites « ne saute pas sur le canapé », lui entend « saute » et « canapé » ! Déboussolant non ? Ainsi il n’est pas étonnant que nous ne parvenions pas au résultat escompté. Faites donc le test : « assieds-toi sur le canapé », « marche » au lieu de « ne cours pas »… Et puis, le positif n’est-il pas la base de l’éducation positive ? De plus et vous le constaterez aussi, penser de manière positive fait du bien au moral : vous aussi vous préférez sûrement penser à ce que vous avez le droit de faire plutôt qu’à ce qui vous est interdit non ?
  • Et enfin, ne pas stigmatiser l’enfant dans son comportement : enfant comme adulte, nous avons tendance même inconsciemment à nous adapter à ce qui est dit de nous. Un enfant à qui l’on a répété « tu es infernal ! » aura tendance à adopter un comportement qui donnera raison à ses détracteurs. Puisqu’on le lui dit, autant l’être ! Cela demande moins d’effort que de tenter de se corriger, et cela fera plaisir à ceux qui le disent, et cette confirmation le lancera alors dans un cercle vicieux. Certaines phrases sont particulièrement pernicieuses et peuvent avoir des conséquences à long terme sur l’adulte en devenir : « tu es nul », « que tu es bête »… Les psychologues n’ont pas fini de recevoir des patients ayant reçu ce type d’injonction durant cette période de construction qu’est l’enfance, d’où l’importance de faire particulièrement attention aux mots employés, y compris par les frères et soeurs. Heureusement, tout cela est réversible et cela requiert un travail (ô combien important) sur l’estime de soi pour donner confiance à l’enfant, donc autant commencer tôt !

Et vous, comment cela se passe-t-il chez vous ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Comment les avez-vous surmontées ? Quelles sont vos astuces de parent bienveillant qui fait de son mieux ?

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